'Lucky Luc' se considère chanceux

Publié le lundi 9 novembre 2009 à 20 h 36 - par Sébastien Goulet
'Lucky Luc' se considère chanceux
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(Corus Sports)- On le surnommait « Lucky Luc » et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. Luc Robitaille recevra ce lundi l'hommage ultime, consacrant sa carrière.

En audio, Luc Robitaille en entrevue avec Jérémie Rainville et Gabriel Grégoire à l'émission « Sport du lit », lundi, à CKAC Sports

Âgé de 43 ans, l'ancien des Olympiques de Hull de la LHJMQ sera intronisé au Temple de la renommée du hockey en compagnie de Steve Yzerman, Brian Leetch, Brett Hull et, à titre de bâtisseur, Lou Lamoriello.

Même présentement, Luc ne réalise pas ce qui lui arrive.

« Quand tu es petit, tu ne veux que jouer au hockey. La prochaine chose que tu sais, c'est que ton fait ton entrée au Temple de la renommée avec les autres légendes », a déclaré Robitaille au Ottawa Citizen.

Robitaille a d'ailleurs foulé la glace du Air Canada Centre avec certaines de ces légendes, dimanche.

Peu de membres du Temple de la renommée ont connu une arrivée aussi peu publicisée. Malgré son excellent carrière junior (85 points à sa saison recrue, et 191 points dans sa dernière année), Robitaille était considéré comme un patineur moyen. Les dépisteurs croyaient que ses statistiques étaient gonflées.

Ce sont 170 joueurs qui ont été repêchés avant lui en 1984, incluant Tom Glavine, quatrième choix des Kings et 69e au total.

Robitaille ne connaissait qu'un seul dépisteur, Alex Smart d'Ottawa, qui travaillait pour les Kings. Smart traversait la rivière des Outaouais pour aller le voir évoluer.

« À chaque fois que les Kings prenaient le micro, je savais que c'était ma seule chance d'accéder à la LNH, car aucun autre dépisteur ne m'avait parlé. »

L'attente était interminable.

Robitaille et plusieurs de ses coéquipiers s'étaient présentés au Forum peu avant midi, remplis d'espoir. C'était l'année de Mario Lemieux, repêché au premier rang par les Penguins. Il avait refusé de revêtir le chandail car il n'avait pas de contrat en poche. La situation confuse avait retardé le processus de près d'une heure.

Au cours des prochaines heures, Robitaille avoue avoir dégusté six ou sept hot dogs, si sa mémoire est fidèle : « Je pense que j'ai mangé un hot dog par ronde, ou un hot dog à l'heure... quels bons hot dogs que ceux du Forum! »

Robitaille croit que son nom a été appelé vers 19 h, alors qu'il ne restait presque plus personne pour assister à la neuvième ronde. Ravi, il a descendu les escaliers à la course pour rejoindre le personnel des Kings, mais un agent de sécurité lui a demandé ce qu'il faisait là.

Robitaille n'avait pas d'agent. Heureusement, Pierre Lacroix, agent de joueur à l'époque, a vu le pétrin dans lequel Robitaille était et a facilité son accès à la patinoire. Il a marché jusqu'à la table des Kings, où il ne restait que deux personnes, dont le directeur du personnel des joueurs.

« Qui est-tu ? », s'est interrogé l'individu.

« Luc Robitaille. Vous venez de me repêcher. »

Le directeur a regardé sa feuille, vu le nom de Robitaille et lui a dit : « tu as bien raison, mais il ne me reste plus de chandail ou de casquette ».

Il a retiré une épinglette qu'il portait et lui a remise : « Tiens. »

« C'est mon souvenir. Je la possède toujours, cette épinglette, d'ailleurs! »

Probable que n'importe quel autre athlète d'aujourd'hui aurait été déçu d'un accueil semblable. Pas Luc Robitaille.

« J'étais si excité. Mon nom était sur la liste alors je savais que j'allais avoir ma chance. »

À Los Angeles, c'est Marcel Dionne qui a pris Robitaille sous son aile. Dès le premier camp d'entraînement, Marcel a remis les pendules à l'heure en lui indiquant que ce ne serait pas lui qui lui fournirait les mentions d'aide. « C'est drôle, car mon idole était Wayne (Gretzky), alors j'étais bien fier d'être un fabricant de jeu. »

Malgré qu'il ait obtenu 123 mentions d'aide à sa dernière saison avec les Olympiques, fournissant Guy Rouleau, Robitaille ne se voyait pas comme étant le prochain Gretzky.

Garry Galley, un ancien coéquipier de Robitaille à Los Angeles, se rappelle du surnom de « Cy Young » qui lui était accolé, en raison de son ratio but-aides (il a déja eu une fiche de 24 buts et 3 aides, 24-3, tel un lanceur). À un certain moment, Robitaille s'était promis d'être celui qui ferait une passe pour qu'un coéquipier marque, mais lorsque celle-ci a frappé un défenseur et s'est retrouvée dans le filet, il s'est dit qu'il avait au moins essayé.

À son premier camp d'entraînement, il avait tenté de rejoindre Marcel Dionne lors d'un deux-contre-un. Dionne lui a donné l'heure juste : « Il s'en vient au banc et me dit ' Écoute, le kid, je vais fabriquer le jeu. Toi, tu vas au filet et je t'enverrai la rondelle. J'ai répondu 'D'accord, M. Dionne' »

Lors de ses sept premières saisons, Robitaille a récolté 45, 53, 46, 52, 45, 44 et 63 buts pour les Kings. Son moment le plus excitant : son premier match face aux Blues de St. Louis, en 1986.

« J'étais un inconnu. Personne ne croyait que j'allais jouer chez les professionnels. Je n'oublierai jamais ma première présence sur la glace. Je crois que j'étais sur le quatrième trio. J'ai sauté sur la glace, je me suis placé devant le filet et Rick Wamsley y est allé d'un mauvais dégagement. Marcel Dionne l'a intercepté. J'ai crié 'Marcel!', il m'a passé la rondelle et je l'ai fait dévier dans un filet abandonné. »

Dionne aimait bien que Robitaille soit à Los Angeles pour jouer au hockey. Et 'le kid' a terminé sa carrière avec 668 buts - 668 buts de plus que Glavine - et 1 394 points, en plus d'une Coupe Stanley en 2002, avec ses collègues intronisés Yzerman et Hull.

« Lucky Luc », en effet.

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