«Il y a tant de choses que j'aurais voulu dire dans ma dernière chronique» - B. Raymond

(Corus Sports) - Ça a commencé au Progrès-Dimanche, au Saguenay, ça s'est poursuivi au Journal de Montréal pendant plus de 40 ans, et ça se termine au RueFrontenac.com. La carrière de Bertrand Raymond aura été riche et belle.
Lisez la dernière chronique de Bertrand Raymond ici
Voici les meilleurs extraits de l'entrevue que Bertrand Raymond a accordée à Martin Lemay, aux Amateurs de sports week-end.
Ce qu'il lègue au monde du journalisme sportif au Québec :
« J'ose croire que les gens auront noté que je leur ai donné l'heure juste. Parfois, les gens n'étaient pas d'accord avec ce que j'écrivais, mais c'est parce que j'allais contre leur ligne de pensée. Quand t'es amoureux du Canadien et que tu te fais envoyer sous les yeux un commentaire qui dit dans quelle direction le Canadien s'en va, car il ne s'en va pas dans la bonne direction, parfois tu n'aimes pas ça. Ça a fait mal, j'ai été sévère, mais j'étais juste en train de dire aux gens que l'équipe qu'ils avaient beaucoup aimée était en train d'être détruite. On n'est pas toujours d'accord, mais dans mon rôle de chroniqueur, j'étais payé pour émettre des opinions. J'ai toujours pensé que celui qui dépensait de l'argent pour acheter mon journal méritait d'avoir l'heure juste. Et c'est de ça que j'aimerais que les gens se souviennent. »
S'il s'est fait des ennemis dans sa carrière :
« À la longue, les gens que j'ai critiqués s'aperçoivent que ce n'était pas fait méchamment, qu'il y avait un problème. Mais quand tu faisais des bonnes choses, j'étais aussi le premier en ligne pour le dire ! Dans le sport et les médias, on est tous émotifs. Et le public aussi, parfois plus que les joueurs. On émet des opinions et trois jours après on se dit qu'on a été un peu sévère. Mais c'était dans le feu de l'action, à un moment précis. »
Les pas fins qu'il a rencontrés :
« Je n'ai pas aimé ce que Mario Lemieux m'a fait, à une année. Et je dois dire que ça a pris 10 ans avant que je lui reparle. Il s'en allait pour gagner le trophée Hart, c'était la soirée de remise des trophées dans la Ligue nationale. Mon journal m'avait envoyé à Toronto, et comme j'étais chroniqueur, je ne pouvais pas commencer à écrire à 11 heures du soir. J'arrive de bonne heure le matin du gala, et surprise : je tombe dans le lobby et j'arrive en même temps que Mario Lemieux. Il n'y a pas un chat. Je lui ai demandé si on pouvait en profiter pour s'asseoir et faire une entrevue tout de suite, que j'aurais retravaillée s'il avait gagné le soir le trophée Hart. Il m'a dit qu'il préfèrerait attendre la soirée. J'ai répondu que s'il y avait 12 journalistes en ligne qui attendaient pour lui parler, je comprendrais, mais il n'y avait personne. Il faut savoir qu'à Toronto, les médias recevaient la belle collaboration des gens de hockey. Les anglophones se tenaient entre eux autres. Là, j'avais en face de moi le joueur numéro 1 de la Ligue, qui était avec un gars du Québec venu juste pour lui, et il me dit qu'il préfère attendre le soir. Je lui ai donné une autre chance de me le redire et il l'a redit. Ça a été final. »
Ses plus beaux moments :
« Mes plus beaux moments, c'est Lafleur qui me les a donnés. C'est aussi aux Jeux olympiques, car il y a tellement d'histoires à base d'émotions que c'est très agréable. Mes plus beaux jeux, c'était à Lillehammer, quand Jean-Luc Brassard a gagné la médaille d'or et quand Myriam Bédard a gagné deux médailles d'or. Les conférences de presse ont été tellement le fun ! Ils nous jasaient en français, car il y avait beaucoup de journalistes de France et du Québec, et Myriam était spontanée, elle était drôle... Et c'était pareil avec Jean-Luc ! Les confrères de l'Ouest nous courraient après pour savoir ce qu'ils avaient dit. »
Ses pires moments :
« Mon pire moment n'est pas un moment de sport. Mon frère travaillait avec moi au Journal de Montréal. Il avait 27 ans. Quand j'ai été nommé directeur des sports du Journal de Montréal, il a organisé un party avec des amis pour fêter ça, et il s'est endormi au volant ce soir-là et il s'est tué. Au Journal de Montréal, quand il y avait des accidents la nuit, les photos étaient étalées sur le bureau le lendemain matin afin de choisir la meilleure. Il y en avait peut-être 25 ou 30 pour pouvoir faire une sélection. Quand je suis arrivé au journal, je suis tombé pleine face là-dessus. J'ai eu beaucoup de misère à me remettre de ça. »
Les meilleurs athlètes qu'il a vus :
« Lafleur, sans aucun doute. Et la raison pour laquelle il est si populaire aujourd'hui, c'est parce que Lafleur n'a jamais changé. Quand un athlète prend sa retraite, on l'oublie généralement au bout de 2 ou 3 ans, car il est remplacé par d'autres. Mais Lafleur, je l'aimais quand il était athlète et je l'aime autant aujourd'hui. L'une des raisons pour lesquelles il a des problèmes aujourd'hui, c'est parce qu'il est droit comme une flèche. C'est un gars honnête. Quand tu lui poses une question, tu es certain de savoir ce qu'il pense. »
Ce qu'il va faire maintenant :
« Je vais continuer de travailler à RDS en espérant qu'ils me gardent le plus longtemps possible. »
Sa dernière chronique :
« La dernière chronique a été dure à écrire. Quand tu sais que c'est le dernier papier que tu écris, il y a tant de choses que tu voudrais dire... Tu ne sais pas trop comment commencer et tu ne sais pas trop comment finir. Alors, je me suis dit que je ne ferai pas ça trop long et que je ferai comme d'habitude en mettant mes tripes sur la table. Et ça n'a pas été facile. »





